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L’objectif fondamental, créer un lieu de mémoire, d’éducation et de culture, essentiellement tourné vers les jeunes...
Cet objectif se décline en trois volets qui correspondent à un parcours en trois temps, historique, mémoriel et réflexif, tel que défini par le Comité de pilotage. Le début du circuit de visite serait constitué d’un sas historique introductif comprenant un film court et des repères chronologiques généraux sur la période, avant de passer à l’espace d’évocation des Milles : exposition permanente sur le Camp puis visite des lieux d’internement ; prendrait place alors le volet d’éducation citoyenne « Mémoire pour demain » ; les visiteurs sortiraient ensuite vers la salle des peintures, le Chemin des Déportés, la stèle et enfin le Wagon-Souvenir. Un espace important, d’environ six hectares, doit assurer l’unité et la cohérence des différents éléments historiques et pédagogiques du site.
Les trois volets prévus par la Convention sont les suivants :
| Présentation d'une information historique sur les camps des Milles et ses acteurs - internés anonymes ou célèbres, déportés, résistants, gardiens, témoins -, ainsi que sur le contexte plus général, régionnale, national et européen, dans lequel cette histoire s'inscrit. |
Cette présentation intervient avant la visite des lieux historiques. Elle vise à apporter au public un bagage de connaissances historiques destinées à lui permettre d’appréhender le sens des lieux.
Une difficulté est celle du profil atypique d’un camp dont un inspecteur souhaita qu’il fut un camp modèle, où il arriva à la direction d’encourager l’activité artisanale et artistique des internés, mais qui vit la dureté de l’internement varier au fil des mois, et qui bascula dans le drame à l’été 1942 lorsqu’il devint un camp de rassemblement et de déportation des juifs. Rendre les lieux intelligibles, c’est donc témoigner de cette personnalité complexe et ambivalente du camp pour éviter les raccourcis intellectuels et les visions caricaturales : le camp des Milles ne fut ni Auschwitz ni Drancy, mais une antichambre terrible et angoissante vers des avenirs incertains et finalement tragiques.
Il symbolise certes l’espoir de la liberté à travers sa vocation transitaire, et la nature profondément humaniste de l’homme capable de s’abstraire, temporairement, d’une réalité pénible en ayant recours à la création. Mais il est par ailleurs l’expression même de la barbarie, lorsque cinq convois embarquèrent hommes, femmes et enfants vers une sombre destination.
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Restauration,
préservation et ouverture au public des lieux historiques ayant servi à
l'internement et à la déportation dans et autour du bâtiment principale
de la Tuilerie
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Le comité de pilotage a souhaité là une
muséographie très discrète, avec l’information strictement nécessaire,
laissant s’exprimer la force évocatrice des lieux en l’état. Cette
ouverture au public implique de procéder à la restauration et à la
préservation des espaces concernés, à l’intérieur et autour du bâtiment
principal de la Tuilerie, car la vie des internés se déroulait en large
partie à l’extérieur des bâtiments.
Contrairement à certaines hypothèses, l’étude
du bâti a permis de conclure que l’occupation du site a été générale,
même si elle a varié dans le temps (F). En croisant les données
relatives à l’histoire des lieux, aux traces scripturales et picturales
retrouvées sur les murs, aux interventions portant sur la structure des
bâtiments dans l’après-guerre, on parvient à établir des degrés
d’altération, espace par espace. Une sélection a pu alors être opérée
par le comité de pilotage, valorisant les zones les plus nombreuses
ayant subi peu de changements, en laissant d’autres, bouleversées dans
leur configuration physique, à l’écart du projet.
Il est prévu par ailleurs de procéder à la
destruction d’éléments architecturaux ayant été ajoutés dans la période
d’après-guerre. A l’inverse, afin de favoriser la lecture des lieux, il
n’est pas exclu de procéder à certaines formes de restauration légère
lorsque l’objectif d’intelligibilité des lieux l’impose.
L’information historique recueillie auparavant
par le visiteur devra lui permettre de donner tout leur sens aux
espaces parcourus et d’en saisir la puissance émotionnelle. Elle lui
permet aussi d’en comprendre la dimension diachronique, certains de ces
espaces ayant connu diverses utilisations au cours des différentes
phases de l’internement. Elle prépare enfin le volet d’éducation
citoyenne du projet.
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Education
citoyenne destinée, en s'appuyant sur la force éducative du lieu, à
éclairer la vigilance et la responsabilité face à la permanence des
grandes questions éthiques, politiques et sociales soulevées par la
Shoah et les crimes contre l'humanité de la dernière guerre.
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Ce troisième volet se veut un temps réflexif.
Jusque là, le visiteur s’est trouvé confronté au passé et à son poids
émotionnel. Avec le volet qui s’ouvre, l’histoire-révérence devient
histoire-référence : le visiteur est invité à dépasser la distance qui
le sépare du passé pour amorcer une réflexion sur le présent et
l’avenir prenant appui sur l’expérience historique.
La sensibilité
particulière qui s’attache à la période des déportations du camp des
Milles peut être le support in situ d’une réflexion universaliste à
partir du plus grand traumatisme du XXe siècle. L’expérience prouve en
effet que l’émotion sur le passé, l’information historique ou la
référence rhétorique aux « leçons de l’histoire » ne suffisent pas ou
plus pour reconnaître et combattre les retours des vieux démons du
racisme, de l’antisémitisme et de l’intolérance. Face à des questions
simples souvent posées - comment reconnaître le mal ? Quand réagir ?
Comment ? Qui ? -, une pédagogie précise s’avère aujourd’hui nécessaire
sur un tel site, sous forme d’éléments de réflexion clairement
présentés, de questionnements argumentés et stimulants, plus que
d’affirmations simplistes.
Cet objectif majeur du projet en constitue
l’une des fortes originalités, au regard de la plupart des autres lieux
de mémoire de cette période. Il en est aussi, de ce fait, l’une des
grandes difficultés, intellectuelle, éthique et pédagogique, sur un
sujet d’une très grande sensibilité.
Le comité de pilotage a défini trois grands
thèmes de réflexion, portant sur les commencements et engrenages de
l’intolérance, des racismes et de l’antisémitisme, sur le basculement
de la démocratie au totalitarisme, et aussi sur la responsabilité de
l’individu, bourreau ou complice, passif ou indifférent, résistant.
Dans le cadre de ces orientations, un important travail
interdisciplinaire est en cours afin de décliner ces thèmes au regard
notamment des oeuvres et réflexions accumulées depuis la guerre.
Plus concrètement, le volet réflexif, intitulé
« Mémoire pour demain », n'est pas conçu comme un exposé académique.
Ancré dans un lieu fort, bien défini dans l’espace et le temps, ce
volet a pour finalité première de placer le visiteur au centre de la
réflexion souhaitée, sur de grands thèmes en relation directe avec la
connaissance acquise dans les salles précédentes. Il s’agit de
susciter chez le visiteur une compréhension intime des situations et
une réaction intellectuelle constructive en le faisant passer par les
diverses étapes d'un parcours thématique qui propose des éléments
relevant d’approches et de disciplines variées. Ces étapes,
correspondant aux différents thèmes retenus, peuvent s'apparenter à des
stations expérimentales au cours desquelles, par divers moyens
pédagogiques à préciser (films, archives sonores, création de scenarii,
jeux de rôles, dispositifs divers), il participe au décorticage des
mécanismes individuels et collectifs qui conduisent de la haine
ordinaire au crime contre l’humanité, mais aussi de l’indifférence à la
résistance.
Le volet réflexif veut mettre l'accent sur
l'individu et sa responsabilité. Afin de contribuer à sa vigilance,
pour le présent et pour le futur. Pour cela, le visiteur se trouve
confronté à des situations historiques, mais aussi à des postures, à
des schémas mentaux, à des réflexes intellectuels qui lui sont
familiers et dont il mesure dès lors avec plus d'acuité les
conséquences sociales, heureuses ou dangereuses.
Intervenant immédiatement après la visite des
lieux d’internement, le volet réflexif a donc pour ambition
d’interpeller vivement le visiteur et de lui apporter les aliments
d'une réflexion forte sur sa capacité à interagir avec les événements,
sur la place de l'homme et du citoyen dans une société démocratique.
C’est donc bien une contribution à l’éducation civique qui est proposée
ici.
En complément de ce parcours, seront offerts,
plus classiquement, un centre de ressources ainsi qu’une gamme
d’activités culturelles, permanentes ou ponctuelles. Débats,
conférences, concerts, prestations théâtrales, lectures... L’ensemble
de ces manifestations vise à prolonger l’émotion et la réflexion du
visiteur.
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