Histoires, Histoire d'un camp

Ouvert en septembre 1939 au sein d'une tuilerie située entre Aix-en-Provence et Marseille, le camp des Milles connut un peu plus de trois ans d'activité et vit passer plus de 10 000 internés originaires de 38 pays, parmi lesquels de nombreux artistes et intellectuels.

Son histoire se divise en plusieurs phases correspondant aux différentes catégories d'internés qui y séjournèrent : ressortissants du Reich et légionnaires, étrangers désireux d'émigrer, juifs ayant fait l'objet de rafles.

On peut lire à travers ces phases l'évolution tragique de la répression dont furent victimes les étrangers et surtout les juifs sous le régime de Vichy, évolution qui culmina en août et septembre 1942 avec la déportation de plus de 2 000 hommes, femmes et enfants juifs vers Auschwitz via les camps de Drancy et de Rivesaltes.

3 PÉRIODES : 1939 - 1942

Septembre 1939 à juin 1940 : un camp pour "sujets ennemis"

L'histoire du camp débute sous la IIIe République, au début de la Seconde Guerre mondiale, lorsque le gouvernement français prend la décision d'interner les ressortissants du Reich, fussent-ils d'authentiques antifascistes ayant fui de longue date le nazisme qui sévissait dans leur pays d'origine pour venir se réfugier en France.

Considérés paradoxalement et tragiquement comme des "sujets ennemis", les internés sont victimes d'un mélange de xénophobie, d'absurdité et de désordre administratifs ambiants et vivent dans des conditions très précaires. Dans le Sud-Est, ces étrangers sont internés dans la Tuilerie des Milles, alors désaffectée. Ce bâtiment industriel devient un camp d'internement sous commandement militaire français.

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Juillet 1940 à juillet 1942 : un camp pour "indésirables"

En juin 1940 s'ouvre une seconde période avec la défaite française et la signature de l'armistice. C'est là que se situe l'épisode du "Train des Milles", popularisé par le film de Sébastien Grall. À partir de juillet, sous le régime de Vichy, le camp est rapidement sur-peuplé (3 500 internés à la fois en juin 1940).

Au cours de cette période sont transférés aux Milles notamment les étrangers des camps du Sud-Ouest, et en particulier des anciens des Brigades internationales d'Espagne ainsi que des Juifs expulsés du Palatinat, du Wurtemberg et du pays de Bade.

À partir de novembre 1940, le camp, passé sous l'autorité du Ministère de l'Intérieur, devient le seul camp de transit en France pour une émigration Outre-Mer, transit régulier ou illégal avec l'aide de particuliers, d'organisations ou de filières locales et internationales.

Au fil du temps, les conditions d'internement se dégradent : vermine, maladies, promiscuité, nourriture insuffisante...

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Août et septembre 1942 : un camp de déportation des Juifs

Une troisième période correspond aux mois d'août et septembre 1942 qui voient la déportation vers Auschwitz via Drancy ou Rivesaltes de plus de 2 000 Juifs, hommes, femmes et enfants. Vichy a accepté de livrer 10 000 Juifs de la zone dite "libre" à l'Allemagne. Au début du mois de juillet 1942, Laval propose d'inclure les enfants âgés de moins de seize ans dans les déportations.

Le 3 août, le camp est bouclé. Femmes et enfants juifs de la région sont orientés vers les Milles pour rejoindre les autres internés avant d'être déportés. Ne sont pas épargnés les Juifs réfugiés politiques ou étrangers ayant servi dans l'armée française. Et une centaine d'enfants sont ainsi déportés à partir de l'âge d'un an. Au total, cinq convois sont constitués. En réaction, des hommes et femmes courageux aident les internés et les déportés.

Ces événements surviennent avant même l'occupation allemande de la zone Sud (11 novembre 1942). Au-delà du mois de septembre 1942, le camp, demeurant un centre de transit, vivote : ses derniers occupants, très peu nombreux, quittent ses murs de briques en décembre 1942.

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Plus d'une centaine d'enfants et adolescents juifs furent déportés du Camp des Milles en août et septembre 1942, le plus jeune avait un an.

Abraham Ajgengold, Golda Ajgengold, Jacques Altmann, Marie Altmann, Moïse Altmann, Jeannot Ament, Benny Appel, Friedel Baum, Bertha Becher, Jacques Becher, Rachel Becher, Margit Blau, Werner Blau, Jankiel Bojm, Bernhard Bornstein, Ralph Brill, Myriam Burstyn, Maria Dymenbaum, Frieda Engel, Renate Falk, Gesis Feist, Clara Fullenbaum, Edmond Gamiel, Eugénie Gasman, Hélène Gelbard, Max Gelbard, Paulette Gelbard, Anna Goldberg, Cyrille Goldberg, Frana Goldberg, Isaac Goldberg, Maria Goldberg, Rachela Goldberg, Werner Goldschmidt, Martin Grunwald, Markus Hendler, Arnold Hirsch, Helga Hirsch, Adolf Jeruchemson, Hélène Jeruchemson, Ernst Joseph, Hans Kahn, Daniel Kaminsky, Noémie Kaminsky, Werner Kaufmann, Marion Kleinkopf, Hans Krauss, Dora Kressel, Liane Krochmal, Renate Krochmal, Siegfried Krochmal, Hélène Kupfer, Noémie Laub, Roger Lenziki, Bertha Leufer, Helmut Levy, Rafaël Lewin, Gerti Licht, Kurt Linker, Bernard Linker, Elfride Lion, Adolf Lipka, Génia Lipka, Manfred Maier, Hedwig Markey, Hélène Marxsohn, Georg Mass, Alice May, Régine Mescz, Nathan Nabel, Georges Neugass, Erica Neustadt, Anna Oesterreicher, Abraham Oszekowski, Ernst Ottinger, Gisèle Rosner, Naftali Rosner, Rachel Rosner, Karl Rothschild, Hilda Safran, Suzy Schaechter, Jürgen Schild, Chana Siegel, Isaac Strumer, Alfred Suss, Deborah Treff, Charles Uhr, Erwin Uhr, Ellie Vistave, Otto Wertheimer, Robert Wynberg, Louis Wolf, Israël Zeidelman, Maurice Zeidelman, Edwin Zwirn, Simone Zwirn, Willy Zwirn.

Voir la liste des enfants déportés.






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